| "En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit" (Jn 12, 24) |
| Lettre du Généralat à l’occasion de l’année sacerdotale |
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Chers Confrères, Cette lettre du Généralat à tous les confrères msf à l’occasion de l’année sacerdotale promulguée par Benoît XVI, rejoint le « sentire cum Ecclesia » et nous demande, à nous les msf, de réviser notre engagement envers le Seigneur afin de revitaliser notre fidélité à son appel à le suivre qu’il nous a adressé un jour, et à nous renouveler de l’intérieur pour continuer à croître sur notre chemin vers la sainteté et dans la perfection de l’amour, et à un renforcement de l’engagement dans la mission qui nous a été confiée. Nous reprenons les points essentiels du Message du Pontife et de la lettre de la Congrégation pour le Clergé. Alors que le Pape met en relief ce qu’il veut faire émerger de la figure du prêtre en le développant au tour de la vie et de ministère, du Saint Curé d’Ars, nous qui vivons encore dans le climat du centenaire de notre Fondateur, nous avons voulu faire ressortir également à travers la vie, le ministère et les écrits de Berthier, les traits fondamentaux du prêtre et du consacré. L’époque, la ressemblance des idées théologiques et la passion de l’un et de l’autre pour le sacerdoce et la mission ministérielle mettent en relief la proximité des deux personnes. Nous connaissons tous la passion du P. Berthier pour les vocations au service de l’Evangile, du Royaume et de la Mission. Le salut des âmes était la motivation fondamentale de la mission de cette époque. Berthier, motivé par l’Evangile, l’appel de Léon XII et son expérience pastorale a voulu y contribuer, pour sa part, en mettant son grain de sable au service de la mission universelle de l’Eglise et au sens de son existence, dans cette expression heureuse contemporaine : « l’Eglise existe pour évangéliser ». Berthier a mis sa vie et toutes ses capacités au service de la diffusion de l’Evangile : comme missionnaire de La Salette et de son message de la réconciliation des hommes avec Dieu, comme missionnaire populaire et prédicateur de retraies sacerdotales en de nombreux diocèses de France ; comme missionnaire de la plume : essayant d’arriver, à travers ses écrits, là où sa parole ne pouvait arriver ; comme Fondateur d’une congrégation missionnaire au service de l’Evangile et du Royaume. Si nous savons suivre ses traces, il n’y a pas de doute que nous, ses fils, nous pouvons marcher vers la perfection de l’amour, la sainteté, à partir de notre style vie comme membres de la congrégation des Missionnaires de la Sainte Famille, de notre union profonde avec Dieu qui donne sens à notre vie consacrée, des multiples activités que nous réalisons en essayant de concrétiser notre apostolat au service du Règne de Dieu. En mettant Dieu au centre de notre vie et faisant en sorte que les autres choisissent Dieu comme valeur fondamentale, nous pourrons contribuer à construire un monde dans lequel l’Amour est la loi fondamentale qui permet de construire un Monde Meilleur plus pacifique, libre, juste… et par là-même plus fraternel. En communion donc avec l’Eglise universelle, et avec l’Eglise locale, à partir de notre identité de Missionnaires de la Sainte Famille, nous pourrons contribuer à ce que cette année sacerdotale puisse atteindre ses objectifs et que nous puissions vivre avec une joie authentique notre consécration au service de Dieu et au salut de nos frères. Chers confrères, comme vous le savez tous, le Saint Père a voulu promouvoir une année sacerdotale particulière sous le hème « fidélité au Christ, fidélité du prêtre », qui va de la fête du Sacré Cœur 2009 jusqu’à la même solennité en 2010, dans le but de nous offrir, à nous les prêtres, l’occasion d’approfondir notre identité et notre vocation, dans un renouvellement interne en aspirant à la perfection spirituelle et à la sainteté, et dans le renforcement dans l’engagement face à notre mission propre. Mais il ne s’adresse pas seulement aux prêtres, mais également à tout le peuple de Dieu, pour qu’ils mettent en valeur les dons de ses prêtres, leur fonction dans la communauté chrétienne, la reconnaissance de leur travail pastorale et le témoignage de leur vie. Comme le dit la lettre de la Congrégation pour le Clergé, le peuple catholique aime ses prêtres et veut les voir heureux, saints et pleins de joie dans leur activité apostolique, et les invite à prier pour eux, à les respecter et à valoriser le ministère sacerdotal dans la communauté chrétienne. De même que durant l’année paulinienne, Saint Paul a été notre modèle et notre point de référence – dit Benoît XVI – ainsi nous regardons maintenant Saint Jean Marie Vianney, patron des curés du monde, à l’occasion du 150ème anniversaire de sa mort. Le témoignage extraordinaire de sa vie consacrée, son amour du Christ et de son Evangile, sa consécration sans mesure au service de la communauté chrétienne qui lui était confiée, sont des valeurs que nous pouvons méditer et que nous pouvons essayer de mettre en pratique aujourd’hui dans notre vie et dans notre ministère. Nous aussi, Missionnaires de la Sainte Famille: prêtres, frères coadjuteurs, séminaristes… qui venons de célébrer l’année du centenaire de la pâque de notre Fondateur, nous sommes donc invités à réfléchir sur notre intention de nous identifier chaque jour au Christ, dans notre engagement missionnaire courageux au service de l’Evangile, en commençant par la charité, et dans notre désir d’être fidèles à la vocation d’ « être amis » du Seigneur. 1. - Le prêtre: un don pour l’Eglise et pour l’humanité Aujourd’hui, la vie du prêtre est loin d’être facile - comme elle ne l’a été à aucune époque, ni même à l’époque du Christ et de ses apôtres. Beau coup souffrent de l’incompréhension, de l’offense à leur dignité, des obstacles à leur mission, s’ils ne sont pas victimes de la persécution. Aujourd’hui, sans doute, les difficultés que doivent affronter les prêtres, au moins dans beaucoup de pays du monde, proviennent de l’oubli de Dieu, de l’expulsion de Dieu de la cité des hommes, de la lutte contre le matérialisme, le consumisme et l’hédonisme qui tiennent prisonnier l’homme d’aujourd’hui. Il faut reconnaître également qu’il il y des situations de souffrances à l’intérieur de l’Eglise elle-même à cause de l’infidélité de ses ministres ou à cause de leurs scandales ou de leurs abondons. Mais il faut également porter le regard sur les situations plus quotidiennes, telles le manque d’engagement ou de zèle dans la pastorale, le manque d’attention à leurs problèmes réels et concrets, la distance et l’éloignement du prêtre… tout cela porte en grave préjudice à la communauté chrétienne. Dans sa lettre, le Pape reprend l’exemple permanent de la vie du saint curé d’Ars, la sainteté et l’exemplarité de son existence fondée sur l’humilité et la simplicité, son esprit de service et le don quotidien de soi-même à la communauté chrétienne, le témoignage continuel du Dieu-miséricorde et la tendresse du salut. « Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, est le trésor le plus grand que le bon Dieu peut donner à une paroisse », disait le saint prêtre. En suivant les pas de sa vie et le témoignage de ses propres paroles, le Saint Père rassemble tout ce qui peut motiver et stimuler les prêtres d’aujourd’hui. Un témoignage émouvant est celui de l’Evêque quand il confie au prêtre Vianney le petit village d’Ars en lui disant : Il n’y a pas beaucoup d’amour de Dieu dans cette paroisse, mais vous l’y mettrez », et il s’efforce d’incarner la présence du Christ et de donner témoignage de la tendresse du salut. Si aujourd’hui nous devons porter l’effort de notre ministère sur quelque chose, c’est dans le témoignage du Dieu Amour, du Père qui nous aime sans mesure, qui nous a donné son Fils, qui s’est incarné par amour pour les hommes, qui nous a donné l’Esprit qui alimente le feu de l’amour et nous accompagne sur notre route. A travers le témoignage personnel de sa vie, le Curé d’Ars enseignait à ses fidèles la valeur de la prière, l’amour de Jésus Eucharistie, la communion fréquente – à une époque où celle-ci n’était pas habituelle – le sens et la beauté du sacrement de pénitence, l’amour des pauvres et des nécessiteux… En ce temps, comme aujourd’hui, continue à être précieux ce que disait Paul VI : « L’homme d’aujourd’hui écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou, s’il écoute les maîtres, c’est parce ces derniers donnent témoignage ». Dans sa lettre, le Pape Benoît rappelle le bienheureux Jean XXIII et ses paroles sur la valeur des conseils évangéliques sur le chemin de la sanctification chrétienne. Nos Constitutions nous rappellent que la profession des conseils évangéliques est l’espressione de notre consécration à Dieu, en suivant le modèle de vie du Christ, et grâce eux nous acquérons une plus grande liberté qui nous rend capables et nous dispose à notre devoir missionnaire. Le concept de communion est rehaussé particulièrement. L’importance de la communion avec l’évêque diocésain et le presbyterium qui trouve une expression particulière dans la concélébration eucharistique. La fraternité sacerdotale a une importance particulière du point de vue de la vie personnelle du prêtre : elle est une manière significative pour la sauvegarde du célibat et de la chasteté ; mais elle se manifeste également au niveau du travail pastoral, en mettant en relief la nécessité de collaborer et de travaille en communion avec les prêtres de sa région et de l’Eglise locale. De l’autre côté, il y a la communion et la collaboration avec les laïcs, un aspect sur lequel a insisté Vatican II avec son nouveau concept du Peuple de Dieu. La communion avec les laïcs exprime la dimension communautaire et la reconnaissance de l’importance des divers charismes au service du corps ecclésial. Le Pape recommande en outre aux prêtres de marcher ensemble avec les laïcs dans son aspiration à acquérir la sainteté de vie, spécialement avec ceux qui se nourrissent, dans leur spiritualité, d’une communion profonde et collaboration ecclésiale. Nos Constitutions insistent, elles aussi, sur cette collaboration, pour que nous nous efforcions et que nous prenions conscience du devoir missionnaire qui nous est propre. L’exemple de Saint Paul nous montre un modèle d’un ministre entièrement adonné à son ministère. « L’amour du Christ nous saisit » : « Il est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux » (2Cor 5, 14-15). Du point de vue personnel, l’année sacerdotale nous invite à être vigilant. Avant tout, protéger notre identité sacerdotale, la fidélité à l’appel du Seigneur, la fidélité à la vocation, la configuration au Christ par la méditation assidue de la Parole, la célébration de l’Eucharistie. Il est également essentiel de mettre en valeur la beauté et l’importance du sacerdoce, de vivre notre consécration avec joie, et parler à tous du Dieu Amour. Veiller sur notre engagement ministériel. Avant tout, le prêtre doit rendre Dieu présent dans la cité des hommes. Etre prêtre pour le Peuple de Dieu et pour les hommes d’aujourd’hui, comme le disait saint Irénée « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », revêtu de la dignité des fils de Dieu. Il doit exercer son ministère en collaboration étroite avec les laïcs, c’est avec eux que nous devons construire une communauté d’ « hommes nouveaux ». Cette communauté se construit avec les Sacrements, dans la relation avec le Dieu Un et Trinité, avec la fréquentation et l’assimilation de la Parole, avec une vie en pleine action sur la base des critères de l’Evangile. 2. - Berthier et le Saint Curé d’Ars Saint Jean Marie Vianney (1786-1859) a été ordonné prêtre dans la chapelle du grand séminaire de Grenoble, de même que Saint Julien Eymard (1811-1868) : deux prêtres qui se sont distingués par la sainteté de leur vie et par leur zèle pastoral. Pour Berthier, Vianney incarne le modèle du prêtre. Les séminaires de France de son époque étaient préoccupés à former des saints prêtres plutôt que des savants. Notre Fondateur, homme d’une grande sensibilité, raconte que lorsqu’il est entré au séminaire et qu’il franchissait le seuil de sa cellule, la première pensée qui lui venait à l’esprit c’était la qualité de ces saints prêtres qui, probablement, avaient occupé ce lieu avant lui. « De combien et de quels actes de vertus héroïques, de quelles supplications ardentes n’avaient pas été témoins ces murs… ! Tout cela me prêchait de devenir un saint ». Berthier avait comme directeur spirituel Mons. Orcel, un grand maître de la vie intérieure, et grandissait dans une saine liberté d’esprit. Les critères d’Orcel : ni scrupules, ni piétisme. Les tentations sont vaincues par la sérénité, l’abnégation et la prière. Le plus important, c’est la miséricorde divine, la pratique de l’humilité personnelle et l’obéissance. Une maxime : dans la vie il faut avoir avant tout et surtout du bon sens. Jean Berthier est bon étudiant, quelqu’un qui s’applique: il faut étudier dans le but d’être utile au prochain, disait-il. La science doit servir à nous sanctifier. « Comme la vie est belle, écrivait-i plus tard, quand on a la ferveur d’un jeune séminariste, dont le cœur se confond, dans la prière et dans l’amour avec Jésus et Marie, et dont l’intelligence s’exerce en s’instruisant dans la vérité du salut pour se consolider fortement en eux, pour se préparer à annoncer avec profit ». Il met en pratique – comme il le conseillera plus tard dans ses ouvrages destinés aux prêtres – la nécessité de profiter du temps des études pour continuer à relever de notes, des pensées, des phrases… qui serviront plus tard pour le travail pastoral. Pour Berthier, c’est bien clair que le sacerdoce est un ministère, un service pour les autres, non une manière de faire carrière. « Il ne s’agit pas de chercher à travers les ordres sacrés un moyen de s’élever à la dignité, de se faire remarquer. Qui agit de cette manière serait misérable au plus haut point est s’exposerait à de graves périls » (De Lombaerde p. 95). « Je pris alors la résolution de demander un poste très médiocre où l’on n’eut point de traitement et où je pourrai mendier mon pain à ceux à qui j’aurai distribué la nourriture spirituelle. » disait-il à ses fils. (Jost 33). « Avant mon ordination, disait-il un jour, je vis des diacres, hommes d’ailleurs de talents et de cœur, aspirer après des places lucratives et se faire en esprit une carrière anticipée où ils purent mettre au jour tout ce que le bon Dieu leur avait donné d’intelligence et de force ; - je trouvais ça assez peu apostolique, - pour moi, le souvenir du curé d’Ars est toujours présent » (Jost 35). « Un jour il nous a raconté en public qu’il regardait comme son idéal de mener lui-même la vie d’un curé d’Ars. Comme prêtre je voudrais bien au commencement de la semaine avec ma marmite quêter chez mes paroissiens quelques pommes de terre et un morceau de pain pour me servir de pitance pour toute la semaine » (Summ. p. 31 ad 20) 3. – Berthier : le sacerdoce dans sa vie et dans ses réflexions. 3.1. – Dieu, le centre de sa vie Berthier est avant tout et surtout un homme de Dieu: « Mon Dieu, comme je vous aime ! ». Il y tant de consolation et tant de paix à vivre pour Dieu seul ». Il n’a d’autre objectif dans sa vie qu’accomplir Sa sainte volonté : « Je ne serai satisfait ni ne glorifierai Dieu tant que je ne me sois dépouillé de tout par amour pour Lui et tant que je ne prétendrai dans mes actions autre chose qui ne soit l’accomplissement de Sa volonté ». Le plus important dans la vie d’un prêtre : « c’est la prière, le moyen le plus puissant pour la sanctification personnelle, le devoir le plus important pour un prêtre, la ressource la plus convaincante pour la conversion de pécheurs et pour le bien des âmes ». 3.2. – Les débuts de son sacerdoce Sa santé qui s’était détériorée pendant le noviciat, et cela pendant trois ans, l’a conduit à travailler comme vicaire dans le village de Veyssilieu. Suivant les consignes de Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans (« n’attendez pas, marchez : les âmes ne viennent pas à vous, allez à elles », Jean met en œuvre une telle activité dans sa communauté et réussit, en seulement 15 mois, à changer le visage de cette paroisse de 400 âmes : célébrations, confessions, catéchèse, organisation de la communion des hommes, chœur, visite aux familles… En plus de son propos « Je prierai avant de monter en chair… pour que le Seigneur me donne de toucher leurs cœurs et leurs âmes », il considère comme essentielle une bonne préparation de la messe : « je m’unirai à Jésus crucifié ». Uni comme Marie aux pieds de la croix pendant qu’elle s’immolait à côté de son Fils. Pendant l’action de grâces, « je me mettrai aux pieds de Marie la priant de remercier pour moi son divin Fils. Avant de m’asseoir au confessionnal, je renoncerai à tout sentiment et à toute pensée humaine et je m’unirai à Jésus et à Marie ». 3.3. – L’attention aux pauvres et aux simples Il n’y a pas de confusion possible sur l’aspiration de Jean Berthier; il dit avec une grande clarté qui sont ses préférés dans l’activité pastorale, à qui il veut se consacrer tout spécialement. Les pauvres, les humbles, ceux qui ne comptent pas, ceux qui n’ont pas d’apparence agréable… ce sont eux les préférés du Christ et, du fait même, ils doivent être également les préférés de ses successeurs, de ses apôtres. Dans son langage d’aujourd’hui, l’Eglise appelle cela « l’option préférentielle pour les pauvres ». « Seigneur faites que j’aime pardessus tout l’accomplissement du ministère que vous m’avez confié en faveur des humbles et des pauvres, et cela par amour pour vous qui avez daigné vous faire pauvre et humble pour notre salut, et pour nous donner l’exemple, vous avez chois les pauvres ». Il prêtait une attention particulière aux plus humbles et aux abandonnés. « Les pauvres, infirmes, dépourvus d’intelligence, à l’extérieur rebutant… voilà le lot le plus cher du vrai disciples de Jésus Christ. Les autres ne manqueront pas d’être assistés dans leurs besoins spirituels » écrit-il dans Le Prêtre. Pour ce motif, il portait une attention particulière à ses sermons pour se comprendre des plus simples : « On prend les choses de trop haut… on ne pense pas qu’i y a des personnes sans culture, qui s’en retournent affamés, sans avoir pu profiter de l’instruction. Je me demande si une pauvre servante peut comprendre ce que je vais dire ». 3.4. – Le Missionnaire populaire « Nous avons eu beaucoup de bons missionnaires, mais ce ne sont pas le P. Berthier. Il était un type de missionnaire », dit le P. Besson qui le connaissait bien de près pour avoir prêché des missionnaires avec lui. « Sa parole simple, claire persuasive allait droit au cœur. Le vénéré Père joignait dans sa manière de, à la clarté, à la précision, à la solidité de la doctrine une charité inépuisable qui donnait à sa parole une remarquable puissance » (p. 67). Son objectif était : « la seule chose que le missionnaire doit aux fidèles, c’est le rayonnement d’une âme unie à Dieu » (66). « La passion de l’apôtre – écrit-il dans Le Prêtre – c’est la charité, c’est le feu que Notre Seigneur est venu apporter sur la terre et qu’il désire voir embraser tous les cœurs ». La mission est la vraie passion du P. Berthier. Missionnaire pour porter l’Evangile et obtenir le salut des âmes. Ceci donne transparence à son langage dans l’expression théologique de son temps. Pour cela, il faut susciter des vocations au service du Règne de Dieu, mais aussi canaliser ces vocations, leur ouvrir la route pour qu’elles puissent servir à la diffusion de l’Evangile. Cela, naturellement, en plus du commandement du Christ : « Priez le Maître de la moisson, d’envoyer des ouvriers à sa moisson ». Comme formateur de missionnaires, il s’efforce de forger en eux une spiritualité solide et, en même temps, une formation sacerdotale solide, et il mettait tout en œuvre pour développer dans ses sujets une solide capacité opérante qui leur permette de réaliser les dures tâches de la diffusion de l’Evangile dans les territoires de mission. Sa grande intention était que tous les hommes connaissent l’amour et la miséricorde de Dieu. Tous les moyens sont bons pour atteindre ce but : les missions populaires qui forment la foi des chrétiens simples et qui renforcent le désire de s’engager avec Dieu ; les retraites spirituelles pour prêtres pour enflammer leur cœur au service de l’Evangile et de leur aspiration à la sainteté. Et nous voici à son apostolat de la plume, pour les prêtres et pour les laïcs. Arriver à tous ceux chez qui il ne pouvait arriver par la parole et par sa présence corporelle, par des ouvrages simples, claires, stimulants, divertissants… Berthier était un grand divulgateur. Il voulait renforcer la foi et aider à vivre la vie chrétienne. Pour les prêtres, ses ouvrages les plus denses, sérieux, pratiques. Il a écrit environ 40 ouvrages qui connurent une grande diffusion dans le France de son temps, un véritable arsenal catholique » comme écrivait La Croix. La confession Une des activités principales dans un sanctuaire, et à plus forte raison dans un sanctuaire qui porte les caractéristiques de La Salette, se fait au confessionnal. Berthier était l’un des Pères les plus assidus pour se mettre à la disposition des pénitents. Son confessionnal était l’un des plus fréquentés : « les pèlerins le recherchaient pour se confesser à lui, les hommes surtout» un grand mérite pour cette époque (Jost 62s) Les confessions représentaient également le point culminant des missions populaires : leur but était la conversion des pécheurs et l’affermissement de la vie chrétienne. Lui-même se confessait avant d’entrer au confessionnal. Il gagnait les âmes par s tout comme un acte plutôt humiliant Au confessionnal, il était père, il était mère, il était tout amour et miséricorde, unissant à la fois bienveillance et fermeté sur les principes. Il exhortait à la confession et à la communion fréquentes. A cette époque la confession était considérée comme une démarche plutôt humiliante aux regards d’une morale de forts, une morale d’hommes responsables, autonomes, propres à se diriger eux-mêmes et à diriger leur famille. Il y avait également l’attitude rigoriste du clergé : les jeunes qui allaient danser à La Salette l’r était refusé dans leur paroisse. Le prédicateur Dans le premier numéro du Messager, Berthier écrit : « j’ai prêché des missions et des retraites pendant plus de 33 ans dans 16 diocèses ». Pour Berthier, « la véritable éloquence est celle de l’Evangile ». Le premier modèle d’éloquence es et reste la Sainte Ecriture ; c’est en elle que les Pères (de l’Eglise) et les saints ont trouvé leur éloquence : c’est là leur modèle (68). C’est pourquoi il recommandait à ses fils de « lire et relire la l’Ecriture sainte : ses textes sont de vrais lingots d’or ». « Le but de l’éloquence sacrée c’est de convertir les âmes et de ramener à Dieu celles qui s’en étaient éloignées et d’affermir dans le bien celles qui lui étaient déjà unies » (Jost 68). Selon la coutume de son époque, d’habitude il prononça un sermon sévère et après il excitait du haut de la chaire à un acte de contrition, ce qu’il faisait avec toute la force de son âme. Il parlait des grandes vérités, de la mort, de l’enfer en montrant en même temps l’infinie miséricorde divine. Il rappelait également à ses disciples qu’ « il faut toujours encourager les fidèles ». III. 5 – Son choix pour la vie religieuse Lorsque, sous-diacre, il est monté au Sanctuaire de La Salette avec ses compagnons, il est resté impressionné: «rien ne put captiver les yeux du corps … mais les yeux de l’âme… La pensée que Marie avait sanctifié ce lieu… la ferveur des missionnaires… le faisait dire en lui-même ‘je reviendrai là’ ». « Vous ne craignez pas les croix, j’espère, car la Vierge en a semé tout plein à La Salette » lui disait le P. Archier. « Si la Vierge sème des croix, je pense qu’elle enverra bien aussi un peu de soleil pour les faire croître » répondait le jeune Berthier. E juillet 1862, il entrait à La Salette. « Il n’y a rien de meilleur que l’état religieux ». « Les Saint Pères l’appellent la plus belle fleur, le plus bel ornement de l’Eglise. Elle a donné au ciel une multitude de saints ». « La vie consacrée est une grâce tellement grande qu’il serait mille fois mieux de mourir que de la perdre ». Elle garantit, dans le cœur de la personne la perfection de la charité à travers la pratique vécue des conseils évangéliques et l’observation de la règle. La personne consacrée ne peut arriver à la charité parfaite sans employer ces moyens. Dans les constitutions de 1895 on lit : « Les missionnaires de la Sainte Famille forment un institut à vœux simples, ayant pour fin la sanctification de ses membres, qui est l’unique nécessaire dont parle N.S. dans l’Evangile. Lui consacrer notre vie pour toujours et s’adonner aux services les plus humbles, voilà le sens de la vie d’un missionnaire ». III. 6 – L’exemple de sa vie Tous s’accordent à dire que le P. Berthier était un homme d’une immense bonté, toujours attentif à ses fils, d’une piété exemplaire… tout cela contribuait à crée un climat propice. Personnellement, il était un ascète qui se contentait de bien peu et il était toujours prêt, malgré son âge, à partager sa vie avec les étudiants. Tous admiraient son immense capacité de travailler. Ses capacités personnelles, sa vie vertueuse et ses connaissances intellectuelles lui donnaient des ressources que d’autres n’avaient pas. A Grave on disait que cet homme extraordinaire rendait tout plus facile ; en s’entretenant avec lui, les gens oubliaient leurs conditions précaires de l’ancienne caserne. C’était un homme cohérant dans ce qu’il prêchait, écrivait et vivait. Il était un modèle et un exemple pour tous. « L’estime et l’admiration que j’avais pour lui me donnaient des forces », disait un témoin. « Jamais homme avec tant de capacités n’a eu moins de présomption, jamais homme avec tant de mérites n’a été moins enflé de ses mérites que lui, jamais homme avec tant de succès dans ses entreprises n’a été si éloigné de l’ostentation, si ennemi de la louange… tout grand qu’il était toujours dans les yeux des autres il restait toujours modeste et simple » disait Sprangers, le curé de Grave, à ses funérailles. Chers confrères, nous avons brièvement parcouru, avec le P. Berthier, ce qu’il considérait comme essentiel pour ses fils. Nous souhaitons qu’aujourd’hui, nous aussi nous nous sentons poussés par l’amour du Christ, que nous sentons profondément uni au Christ Tête, à tel point de pouvoir dire, comme Paul : « c’est le Christ qui vit en moi », car ceci nous poussera à sortir à la rencontre des autres pour évangéliser : « malheur à moi si je n’évangélisais pas », pour porter la Bonne Nouvelle de l’Amour de Dieu qui est manifesté, à nous les hommes, dans le Christ : « la bonté de Dieu s’est manifestée et son amour pour les hommes ». Et que, à la fin, pleins de gratitude nous puissions dire avec l’Apôtre : « Je suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne la force, Jésus Christ notre Seigneur, car il m’a fait confiance en me chargeant du ministère » (1Tm, 1,12) Rome décembre 2009Le Gouvernement Général |
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